À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, dans un élan de reconstruction démocratique, la France rêve d’un système éducatif égalitaire et moderne
Lycée Langevin La Seyne- CREDIT : Var Actu
Un lycée et un collège porte leurs noms à La Seyne : Paul Langevin et Henri Wallon
À la croisée de l’histoire politique, de la philosophie de l’éducation et des grandes ambitions de la France d’après-guerre, le plan Langevin-Wallon est le projet de réforme éducative le plus global jamais imaginé en France. Il s’inscrit directement dans l’esprit du Conseil national de la Résistance (CNR) et incarne l’idée d’une école démocratique, égalitaire et émancipatrice.
Une commande politique dans le sillage de la Libération
À la Libération, le gouvernement provisoire dirigé par Charles de Gaulle entend reconstruire la France sur des bases nouvelles. Dans ce contexte, René Capitant, ministre de l’Éducation nationale, nomme le 8 novembre 1944 une Commission ministérielle d’études pour la réforme de l’enseignement, chargée de repenser en profondeur le système éducatif français. Ce projet fait suite au programme du CNR du 15 mars 1944, qui prévoyait la mise en place d’un enseignement réellement démocratique.
La commission est d’abord présidée par Paul Langevin, physicien et pédagogue, proche du Parti communiste français, puis par Henri Wallon, psychologue et philosophe de l’éducation. Tous deux mettent leur expertise et leur humanisme au service d’un objectif clair : offrir à tous les enfants, quelles que soient leurs origines sociales, les mêmes chances de développement intellectuel et personnel.
Un projet de société avant tout
Le plan Langevin-Wallon ne se limite pas à des ajustements techniques. C’est un véritable projet de société, une vision globale de l’éducation comme fondement de la démocratie. Il entend permettre à la France de rattraper son retard éducatif dans la compétition mondiale, notamment face aux États-Unis ou au Royaume-Uni.
Parmi les grandes orientations du plan :
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Une école unique et commune pour tous les enfants jusqu’à 18 ans, avec un tronc commun long et une orientation progressive.
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Une pédagogie centrée sur l’élève, inspirée des sciences de l’éducation et de la psychologie de l’enfant (notamment les travaux de Wallon).
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La gratuité totale de l’enseignement, y compris pour les fournitures et les activités périscolaires.
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Un accès démocratisé à la culture, avec l’intégration de disciplines artistiques, sportives et scientifiques dès le plus jeune âge.
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La formation continue des enseignants, avec des centres de recherche pédagogiques.
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Une meilleure articulation entre enseignement général, technique et professionnel, sans hiérarchie entre les filières.
Une utopie freinée par les réalités politiques
Malgré sa richesse et son ambition, le plan Langevin-Wallon ne sera jamais appliqué dans son ensemble. En cause : les changements politiques rapides de l’après-guerre, les priorités budgétaires, les résistances de l’administration et du monde enseignant, et l’arrivée de gouvernements plus modérés qui n’ont pas repris ce projet à leur compte.
Cependant, plusieurs idées du plan influenceront profondément les réformes ultérieures :
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La scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans (loi Berthoin, 1959),
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La création du collège unique (réforme Haby, 1975),
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L’idée d’un socle commun de connaissances ou encore les débats sur la place de la culture générale et de l’égalité des chances.
Un héritage toujours vivant
Le plan Langevin-Wallon reste, encore aujourd’hui, une référence majeure pour tous ceux qui militent pour une école plus juste, plus inclusive et plus émancipatrice. Il témoigne de ce moment historique unique où l’éducation fut envisagée non comme un simple service public, mais comme le pilier central d’une République rénovée, au service du progrès et de la liberté.