L’incroyable histoire de la tuilerie Romain Boyer, qui fit rayonner la Coudoulière bien au-delà des frontières varoises.
Toiture de 1936 – CREDIT : VarActu
Au début du XXᵉ siècle, le quartier de la Coudoulière à Six-Fours-les-Plages devient le théâtre d’une aventure industrielle majeure avec l’établissement de la tuilerie Romain Boyer. Fondée en 1900 par l’industriel marseillais Étienne Boyer, cette usine s’appuie sur les riches gisements d’argile locaux, propices à la fabrication de tuiles et de briques de haute qualité. La construction de l’usine de 4 000 m² débute en 1901, suivie de près par l’aménagement d’un port dédié, achevé en 1903, facilitant ainsi l’exportation des produits vers des destinations lointaines telles que l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.
Une production florissante et une main-d’œuvre internationale
Dès ses débuts, la tuilerie affiche une production quotidienne impressionnante, atteignant jusqu’à 45 tonnes de tuiles et de briques. En 1912, l’usine emploie 220 ouvriers, dont une majorité d’Italiens, reflétant l’attrait de l’industrie locale pour une main-d’œuvre étrangère qualifiée. Les produits, reconnaissables à la marque déposée du Cygne, sont acheminés par voie maritime jusqu’à Marseille avant d’être exportés vers des marchés internationaux, contribuant ainsi au rayonnement de la production française de matériaux de construction.
Les défis des guerres mondiales et de la crise économique
La Première Guerre mondiale interrompt brutalement l’essor de la tuilerie. La mobilisation générale prive l’usine de sa main-d’œuvre, entraînant un arrêt complet de la production. Après le conflit, l’usine participe activement à la reconstruction des régions dévastées du Nord et de l’Est de la France. Cependant, la crise économique de 1929 affecte sévèrement les exportations, notamment vers l’Afrique du Nord, obligeant l’usine à réduire sa production. La Seconde Guerre mondiale aggrave la situation : en 1944, l’usine est abandonnée, pillée et les infrastructures portuaires sabotées par les forces allemandes en retraite.
La renaissance et le déclin de la tuilerie
Malgré ces épreuves, la tuilerie connaît une renaissance après-guerre. Dès 1945, des prisonniers allemands et italiens sont mobilisés pour remettre l’usine en état. En 1948, la production atteint à nouveau 17 000 tonnes annuelles. L’acquisition en 1951 de la licence de fabrication de la tuile « Romane » permet à l’usine de diversifier son offre et de répondre à une demande croissante. Cependant, l’épuisement des gisements d’argile locaux en 1956 contraint l’usine à s’approvisionner dans des carrières plus éloignées, augmentant les coûts de production. En 1964, la production atteint son apogée avec plus de 22 000 tonnes, mais la concurrence accrue et les difficultés d’approvisionnement conduisent à la fermeture définitive de l’usine en 1967.
Un héritage industriel toujours présent
Aujourd’hui, bien que l’usine ait disparu, son héritage perdure. La Maison du Cygne, ancienne demeure du directeur de l’usine, subsiste comme témoin de cette époque florissante. Transformée en centre d’art et entourée de jardins paysagers, elle accueille régulièrement des expositions et des événements culturels, perpétuant ainsi la mémoire de la tuilerie Romain Boyer et de son impact sur la Coudoulière.